Naval Group : Benoît Arrivé réagit en Conseil municipal

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Dernière mise à jour : 21/09/2021

Catégorie(s) : International

Benoît Arrivé est revenu en Conseil municipal sur le séisme qui vient de secouer Naval Group, l’entreprise historique de notre cité, et au-delà de Naval Group, notre ville, notre pays, son image internationale et plus généralement la diplomatie mondiale.

 

Il ne faut pas sous-estimer la portée de cet événement. Au-delà de l’impact local économique et humain, nous sommes là face à une transgression inédite  du dogme international qui prévalait depuis l’après-guerre et qui voulait que les grandes puissances nucléaires s’interdisaient de fournir cette technologie à tout pays, même ami, afin d’éviter ce qu’il est convenu d’appeler la prolifération nucléaire.

Le président américain vient de rompre avec cette règle en acceptant de fournir des sous-marins à propulsion nucléaire aux Australiens en remplacement des sous-marins classiques que proposait la France. Ce faisant, il dote l’Australie d’une force sous-marine de très longue portée dans une région instable du monde et accroît ainsi le risque d’escalade militaire.

C’est à l’aune de ces grands équilibres de la terreur qu’il faut lire ce qui vient de se passer.  Et que la communauté internationale doit réagir. Mais la France elle-même doit s’interroger.

Alors même que les négociations piétinaient depuis plusieurs mois avec l’Australie et que les voyants clignotaient de toute part partout, force est de constater que notre diplomatie n’a rien vu venir. Je pense, et je ne suis pas le seul,  que notre pays a failli. Il a failli en ne surveillant pas suffisamment les négociations difficiles de ce contrat et il a péché par naïveté en ne discernant rien des manœuvres  américaines pour nous évincer.

Le rappel des ambassadeurs par le Président de la République et la colère du ministre des Affaires Etrangères ne doivent pas masquer cet échec patent de la France dans ses relations commerciales avec un pays-client qu’il aurait fallu probablement mieux « accompagner ».  Et dans sa diplomatie dans une région du monde où nous avons été ridiculisés.

Maintenant voyons quelles sont les conséquences de tout cela  pour notre ville et pour le Cotentin dans son ensemble.

Environ 80 Australiens sont installés ici. Ils ont construit une vie depuis quelques mois ou quelques années pour certains. Ils se plaisent dans notre pays, apprécient notre mode de vie. Et je leur dis aujourd’hui très solennellement qu’ils sont toujours et plus que jamais nos hôtes. La ville est à leurs côtés et je sais que Naval Group les accompagne de près dans ces moments qu’on imagine difficiles.

En ce qui concerne, les 500 Français qui travaillaient sur le programme australien au sein de Naval Group, je sais que l’entreprise les recevra individuellement  et regarde comment ils pourront intégrer les autres programmes en cours.

Comme vous le savez, Barracuda, les études pour la  3e génération de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, les programmes indiens et brésiliens, le démantèlement des anciens SNLE garantissent un plan de charge et une visibilité exceptionnels à l’entreprise  et devraient permettre d’absorber ces effectifs.

La solidarité jouera également entre grands employeurs et par ailleurs le tissu économique local est en mal de salariés et devrait offrir des opportunités.

Pour autant Naval Group a gelé ses recrutements et la sous-traitance s’est vue également signifier une suspension de ses contrats.  Concrètement cela signifie que des entreprises locales vont devoir  gérer quelques dizaines de  sureffectifs dans un premier temps. Et cette première vague, immédiate, pourrait être suivie,  dans quelques mois, d’une deuxième vague plus importante si la sous-traitance devait être en quelque sorte la variable d’ajustement..

Encore une fois,  je pense que le tissu local pourra absorber ces mouvements. Mais il n’en reste pas moins que ce sont des trajectoires personnelles de techniciens, d’ingénieurs qui vont  être directement affectées. Et il me semble évident que ces gens doivent être accompagnés.

C’ est pourquoi j’ai demandé ce midi au Préfet de la Manche que l’Etat mette très rapidement en place une cellule d’accompagnement de l’emploi et des compétences pour que les pouvoirs publics et les industriels travaillent ensemble et accompagnent la reconversion de ces hommes et ces femmes. Je sais que ses services vont rapidement se mobiliser.

Je rencontrerai le Premier Ministre début octobre et j’insisterai auprès de lui sur la responsabilité  sociale et économique de l’Etat sur ce territoire.  Il est indispensable que les pouvoirs publics s’impliquent fortement auprès des hommes et des femmes qui sont percutés de plein fouet par cette crise. Il est indispensable qu’on se penche sur la situation des gens qui seront affectés et il est indispensable qu’on se penche sur le maintien des compétences spécifiques  de notre territoire et qu’on s’interroge à ce sujet sur la possibilité d’avancer les études S3G.

J’insisterai également auprès du chef du Gouvernement sur la nécessité de ne pas défaire ce qui a été longuement tissé depuis 5 ans. Je pense par exemple aux écoles et notamment à la classe bilingue  à l’école Gibert-Zola qui  ne doivent pas à la rentrée subir des coupes sombres au prétexte que les prévisions d’effectifs seraient revues à la baisse. Je précise  à ce sujet que l’école bilingue ne repose pas, loin s’en faut, sur les effectifs d’enfants australiens.

Je rappelle au passage que nous gagnons une soixantaine d’élèves à cette rentrée par rapport à la précédente et que nous totalisons une centaine d’élèves de plus que ce qu’avait prévu l’Education Nationale. La ville va donc poursuivre ses efforts pour l’école dans les prochaines années et il est impératif que l’Education nationale ne brise pas cet élan.

Je pense aussi aux enjeux liés au logement. Nous avons besoin d’accueillir les nombreuses familles qui arrivent sur ce territoire. Et cette dynamique ne sera pas affectée par la rupture du contrat australien. Nos projets se poursuivent donc et j’accueillerai en octobre un certain nombre de promoteurs d’envergure nationale pour leur faire connaître les besoins de cette ville.

Je veux aussi, chers collègues, être rassurant sur notre projet. Ce choc ne remet pas en cause nos  finances, ni nos engagements. La ville et l’agglomération du Cotentin restent  mobilisées pour  construire l’avenir.  La dynamique est là et elle va perdurer. Elle appelle une forte adaptation de notre territoire et nous continuerons à mener les chantiers qui sont ouverts en matière de mobilités, de transports, de logements, d’enseignement, de services publics ou de protection de l’environnement. 

Un dernier mot sur ce chapitre : nous avons tissé depuis 5 ans des liens avec l’Australie. Des liens économiques bien-sûr, culturels également et humains tout simplement.  Les Français et les Australiens qui ont appris à se connaître et à s’apprécier pendant ces 5 années sont abasourdis  par ce qui vient de se passer. Je veux leur dire à tous que ces liens subsistent. Que les amitiés qui se sont nouées entre familles, entre enfants  dans les écoles, existent et sont une chance. Et qu’elles ne doivent pas être entachées.  Je remercie d’ailleurs les enseignants qui ont su parler hier aux enfants pour dédramatiser et apaiser certains d’entre eux.

Cette relation doit perdurer  comme doit perdurer la relation que notre ville a tissée avec Adélaïde.  Je m’entretiendrai prochainement avec les autorités australiennes pour leur redire cet attachement.