Les Stolpersteine de Cherbourg-en-Cotentin

Depuis 2025, les rues de Cherbourg-en-Cotentin accueillent un nouveau type de mémoire, discret mais profondément symbolique : les Stolpersteine, ou pavés mémoriels.

Dernière mise à jour : 11/06/2026

Depuis juin 2025, cinq "Stolpersteine" rendent hommage à Michel et Raoul Lecostey, Raymond Lecavelier, Marcelle Allix et Marie Lesage à Cherbourg-en-Cotentin. Ces pavés mémoriels, installés devant leur dernier lieu d’habitation, inscrivent leur histoire dans l’espace public et rappellent, au quotidien, les visages et les destins de Cherbourgeois que la Seconde Guerre mondiale a brisés.

Un projet né en classe

Le projet a été mené avec cinq classes de 3e du collège Les Provinces et leurs enseignants d’histoire-géographie-EMC et de français. L’objectif était à la fois pédagogique, citoyen et humain : faire travailler les élèves sur des archives, transmettre une mémoire locale et redonner un nom, une histoire et une place à des personnes longtemps restées dans l’ombre.

À partir de documents transmis par l’antenne des Hauts-de-France de l’association Stolpersteine, complétés par des recherches locales, notamment grâce au dictionnaire en ligne des victimes du nazisme en Normandie, les élèves ont étudié les parcours de cinq Cherbourgeois et ont produit des biographies, des affiches documentaires numériques, des articles, des discours et d’autres textes de restitution.

En français, le travail s’est prolongé par des écrits d’invention, des prises de parole, des dialogues fictifs et des lectures préparées pour la cérémonie de pose des pavés. Selon Hélène Dargagnon, professeure de lettres, le projet a transformé des archives en une véritable aventure humaine, où les élèves ont peu à peu fait apparaître des “histoires individuelles d’anonymes derrière la grande Histoire”.

Cinq destins cherbourgeois

Les cinq personnes honorées ont des trajectoires différentes, mais toutes ont été marquées par la répression nazie. Michel Lecostey, né en 1923 à Hainneville, était chaudronnier à l’arsenal et engagé dans la Résistance au sein de Libération-Nord ; il a été déporté à Buchenwald, Dora puis Bergen-Belsen et libéré en avril 1945. Son frère Raoul, né en 1920 à Équeurdreville, marin de profession, a lui aussi participé au réseau de résistance et est mort à Dora en janvier 1944.

Raymond Lecavelier, né à Tourlaville en 1921, a été arrêté après une manifestation antiallemande avant d’être déporté à Buchenwald puis Dora, puis transféré à Lublin-Majdanek où il est mort en mars 1944. Marcelle Allix, née à Cherbourg en 1921, a été arrêtée pour “vagabondage spécial” selon les autorités allemandes ; déportée à Ravensbrück, Leipzig puis Schlieben, elle a survécu à la guerre. Marie Lesage, née à Doville en 1898, avait aidé des résistants ; arrêtée en 1942, elle a été déportée à Birkenau et y est morte en mars 1943.

Une cérémonie portée par les élèves

Le 17 juin 2025, la cérémonie officielle de pose des pavés a réuni élèves, enseignants, familles et habitants. Les élèves ont assuré les lectures et les prises de parole, donnant à l’inauguration une forte dimension collective et pédagogique. Pour les enseignants, le projet a aussi permis de développer des compétences scolaires concrètes : recherche, analyse de documents, écriture, oral, travail en groupe et coopération. Les élèves ont, eux, évoqué la tristesse ressentie face au sort de ces hommes et de ces femmes, mais aussi la fierté de contribuer à leur mémoire et à la liberté de la France.

La suite en 2026

En 2026, l’élan ne s’arrête pas là et de nouvelles classes du collège Les Provinces ont repris le travail sur les biographies et les documents d'archives autour de ces cinq personnalités.

En mars, les élèves ont organisés une conférence avec deux intervenantes, madame Larissa Cain, survivante du ghetto de Varsovie, et madameSophie Lecostey, fille de Michel Lecostey et nièce de Raoul, deux frères déportés à Dora.

Cette suite confirme que les Stolpersteine ne sont pas seulement des objets de mémoire, mais aussi un outil d’éducation citoyenne. En 2026, l’enjeu est donc double : poursuivre les recherches historiques et ancrer davantage encore ces histoires dans la vie locale, pour que ces noms ne restent pas dans les archives mais continuent d’habiter les rues de Cherbourg-en-Cotentin.

 

Les Stolpersteine de Cherbourg-en-Cotentin

Les Stolpersteine de Cherbourg-en-Cotentin

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